MORT SHUMAN
États-Unis · Né(e) / formé(e) : 1938-11-12
Un Américain au cœur de la chanson française
Mort Shuman est l'une de ces figures rares qui ont su tisser un pont invisible entre deux continents, deux cultures et deux manières de raconter la vie en musique. Né le 12 novembre 1938 à Brooklyn, dans une famille juive d'origine polonaise, ce pianiste et chanteur américain s'est imposé comme un artisan infatigable de la chanson, tour à tour compositeur de tubes planétaires et interprète bouleversant de textes francophones. Sa disparition, le 2 novembre 1991, a laissé un vide immense chez tous ceux qui avaient grandi en fredonnant ses mélodies.
De Brooklyn aux hit-parades du monde entier
C'est dans l'effervescence du New York des années 1950 que Mort Shuman forge son oreille musicale. Passionné de rhythm and blues et de jazz, il apprend le piano et se lance très tôt dans l'écriture de chansons. Sa rencontre avec le parolier Doc Pomus marque un tournant décisif : ensemble, ils signent une série de succès devenus légendaires, interprétés par les plus grandes voix de l'époque, des Drifters à Elvis Presley. Des titres comme "Save the Last Dance for Me" ou "Viva Las Vegas" traversent les décennies et restent aujourd'hui des classiques incontournables de la pop américaine.
Mais c'est la France qui va offrir à Mort Shuman une seconde vie artistique. Installé à Paris dans les années 1960, il tombe amoureux de la langue française et de sa chanson. Il se lance alors dans un travail d'adaptation audacieux, faisant découvrir au public français des trésors de la musique anglo-saxonne. Son nom reste surtout attaché à l'aventure "Jacques Brel Is Alive and Well and Living in Paris", spectacle créé à New York puis décliné en français, qui fait connaître l'œuvre de Brel à un public immense des deux côtés de l'Atlantique.
Une voix, un piano et des émotions brutes
Comme interprète, Mort Shuman cultive un style bien à lui, à mi-chemin entre la gouaille américaine et la sensibilité française. Sa voix grave, chaude, légèrement éraillée, sert des chansons où l'humour côtoie la mélancolie. Il faut réécouter "Le Lac Majeur" ou "Sorrow" pour mesurer la tendresse rugueuse de son univers. Ce grand gaillard au regard malicieux savait raconter des histoires simples avec une sincérité désarmante, ce qui lui a valu une place à part dans le paysage musical francophone.
Son influence, elle, dépasse largement ses propres enregistrements. Compositeur prolifique, il a laissé une empreinte durable sur la chanson populaire, inspirant des générations d'artistes qui voient en lui un modèle d'éclectisme et de liberté. Mort Shuman reste aujourd'hui une référence pour tous ceux qui croient que la musique n'a pas de frontières, et que quelques notes de piano peuvent rapprocher Brooklyn de Paris.